Chanson douce
Leïla Slimani
Ma note : 4 /5
Genre :
Psychologie/drame
ISBN : 2070196674
Résumé :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants,
décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un
cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un
casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des
enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu
le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune
couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre
époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des
rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture.
Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.
Mon avis :
Quand on s’attaque à un gros poisson comme
celui-ci, il y a deux possibilités : garder son avis pour soi afin
d’éviter les retours incendiaires de puristes, ou assurer sa position par de
solides fondations et une connaissance irréprochable du genre. N’ayant pas la
prétention de ces derniers, j’ai choisi la troisième possibilité : vous
parler du prix Goncourt 2016 tel que je l’ai ressenti en tant que simple
lecteur, et vous demander votre avis. Quoi ? Je n’avais pas mentionné de
troisième possibilité ? Vous ne vous y attendiez pas ? Décidemment,
l’imprévisibilité de Leïla Slimani est contagieuse.
Car en effet, Chanson douce est véritablement impondérable. Comme de nombreuses
critiques ont déjà pu le mentionner, la plume dure, sèche et froide de ce drame
nous entraîne sans attendre, dès le premier chapitre, dans ce qui semble
être une descente en enfer. Et pourtant, même si le fond du puit est aperçu
dans les premières pages, ses parois sont parsemées d’embûches et de
bouleversements qui vous surprennent tout au long de votre chute.
Pour moi, cette chute n’a duré qu’une matinée,
tant je me suis laissé emporter par l’histoire de Louise, cette nounou qui
pourrait être celle de mon enfance. L’intrigue, ou plutôt devrais-je dire
« les intrigues » vu le nombre de controverses soulevées par ce
roman, est décrite de sorte à ce qu’elle vous donne l’impression de se dérouler
à côté de chez vous, même lorsque vous habitez à plus d’un millier de kilomètre
de Paris. Je n’aurais pas été surpris que mes nouveaux voisins s’appellent
Myriam et Paul. Les faits semblent tellement réels, communs à n’importe qui.
Vous savez, ce genre de sujet que tout le monde est au courant mais dont
personne n’ose parler. Leïla l’a fait. Discrimination des classes, racisme,
préjugés, argent, malaises, elle décrit merveilleusement bien les boulets
traînés par notre société, sans y prêter aucun jugement. Ne tombant pas dans le
pathos, elle décrit les choses dans leur contexte, laissant la réflexion au
lecteur.
C’est ce rappel constant à la réalité, souvent
implicite, qui fait que la trame de cette histoire fonctionne si bien. Les
phrases sont construites subtilement, de sorte à en dire peu mais à en suggérer
beaucoup : ce livre est une véritable litote à part entière. Le message
intra-lignes se ressent surtout dans les dialogues, dans lesquels le regard des
intervenants ainsi que leurs sentiments sont marqués d’autant plus par les moments
de silences plutôt que par une description omnisciente trop poussée. Ces
silences racontent cette tragédie dont ils sont également responsables.
La décadence de Louise prend place dans un
monde ou tout paraissait si bien, si parfaitement engrené. La pitié est
omniprésente dans ce récit : pour les parents, pour les enfants, pour la
nounou, ainsi que n’importe quel personnage s’invitant au décor. A un tel point
que certaines scènes deviennent trop exagérées et tombent parfois dans le
cliché. C’est la principale déception que j’ai pour ce roman. Les choix faits
par Louise, le personnage principal, semblent quelquefois absurdes, dénudés de
sens. Je me suis souvent demandé « Mais… pourquoi ?! ». Cela
s’avère être voulu par l’auteure, mais je n’ai toujours pas trouvé les raisons
de cette décision scénaristique (Peut-être la trouverez-vous ?)
En somme, Chanson
douce est une histoire « simple », mais dont la mise en place est
beaucoup plus complexe que ce qu’elle laisse deviner aux premiers abords.
Acheté sur un coup de tête à l’aéroport, ce roman ne m’a pas déçu, et mérite
amplement son prix Goncourt. Je recommanderai ce livre pour des lecteurs
avertis, peu retissant face à un style très dur qui force à se poser des
questions sur sa propre condition de vie. J’ajouterai également que ce livre
m’a beaucoup fait pensé au thriller de Catherine Fradier, La colère des enfants déchus, par son style mais aussi par les
sujets difficiles dont il traite.
Allez, à très vite.
C.

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